Marguerite Duras: l’exil en langue maternelle

Catherine Bouthors-Paillart

Résumé


L’expérience de l’outre-langue a ceci d’original chez Marguerite Duras qu’a contrario de celle de bien des écrivains en exil, elle procède de l’impossible passage – et pourtant du passage – d’un bilinguisme originel (franco-vietnamien) au monolinguisme de l’écriture dans sa langue dite maternelle, à savoir le français. Cette expérience est celle d’un vide au creux de toute langue, chaque langue étant irrévocablement langue de l’autre, c’est-à-dire impropre, chaque sujet parlant imparablement absent de son dire. Ecrire en langue française est pour Duras aventure bien plus que scripturaire, tantôt douloureuse dans l’épreuve de son déchirement identitaire et linguistique, tantôt jubilatoire, dans les moments de fulgurance poétique où se donnent à entendre les accents aussi improbables que perceptibles d’un métissage linguistique.

Abstract
In the works of Maguerite Duras, the experience of the “outre-langue” is unique in that contrary to many writers in exile, it is born from the impossible yet effective passage from an initial (franco-vietnamese) bilingualism to the monolingual writing in her so-called maternal language, French. This experience is that of emptiness in each language, each language being irrevocably that of the other, that is, inadequate since each subject talks inexorably about something absent. For Duras, writing in French is far more than a literary adventure; it is sometimes painful through the experimentation of an identity crisis, it is sometimes jubilatory during a poetic dazzle when the improbable yet perceptible accents of a hybrid language can be perceived.

Mots-clés


Marguerite Duras; métissage; outre-langue

Texte intégral :

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ISSN : 1916-8470