L’exil intérieur des Québécois dans le Canada de la Charte

Guy Laforest

Abstract


Je vais commencer cet article par une note personnelle. Il y a vingt-cinq ans, au temps de l’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés1, je vivais à Montréal et j’étudiais à l’Université McGill. Parmi mes professeurs, il y avait deux grands intellectuels qui étaient aussi deux grands idéalistes, Charles Taylor et James Tully2. J’ai beaucoup appris d’eux et avec le temps, ils sont devenus des amis. J’avais d’autres profes- seurs qui m’ont influencé, peut-être moins directe- ment, mais tout aussi durablement, notamment les Blema Steinberg, Daniel Latouche, James Mal- lory et Harold Waller. Leur approche était teintée de réalisme, et elle contrebalançait à merveille celle que je trouvais chez Taylor et Tully. En phi- losophie, l’approche réaliste est celle du libéral- isme sans illusions que l’on trouve chez les Judith Shklar, Raymond Aron, Isaiah Berlin et Karl Pop- per, selon laquelle en politique, il faut d’abord et avant tout éviter le pire. Il faut entendre par là la cruauté, l’effroi, la terreur, la violence, tout ce qui peut broyer la personne humaine, l’atteindre dans sa dignité et dans son intimité. A ce titre je part- age le jugement d’Irvin Studin qui écrivait récem- ment que le Canada est un formidable succès à l’échelle de l’humanité, l’un des pays parmi les plus « pacifiques, justes et civilisés »3. Un pays où, pour ajouter ma propre voix, les forts comme les faibles peuvent dormir tranquilles dans un milieu social humain, décent, confortable, sans crain- dre le pire. Tout cela compte pour beaucoup dans l’histoire de l’humanité.


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