Polyphonie et émergence du "je" auctorial dans trois romans de YB

Djemaa Maazouzi
Département des littératures de langue française, Université de montréal
janvier, 2007
 
Djemaa Maazouzi est doctorante au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. Son projet de recherche est dirigé par Éric Méchoulan (Université de Montréal) et co-dirigé par Benjamin Stora (Inalco, Paris), il porte sur « La fabrication de la mémoire de la Guerre d’Algérie en France dans la littérature et le cinéma ». On peut citer parmi ses dernières publications :

« H comme harki, honte honneur : nom du traître et traîtres mots », Post-criptum.org, revue de recherche interdisciplinaire en texte et médias (http://www.post-scriptum.org), automne 2009, n°10.

« Le sordide et la poésie du rire dans les mots et les images de Mehdi Charef », publié dans Christiane Ndiaye (dir.) Rira bien… Humour et ironie dans les littératures et le cinéma francophone, Montréal, Mémoires d’encrier, 2008, p.241-262.

« De la presse algérienne à l’édition française, la bruyante traversée de YB. Lecture d’une disparition et de deux parutions », revue électronique Orées du Département des Études françaises de l’Université Concordia (www.orees.concordia.ca), juin 2007.

Djemaa Maazouzi assure actuellement la coordination scientifique du Centre de recherche sur l’intermédialité (http://cri.histart.umontreal.ca/cri/fr/vitrine/default.asp) de l’Université de Montréal après avoir coordonné, de mars 2006 à juin 2008, le Laboratoire CRI/Hors champ : Médias et société (http://cri.histart.umontreal.ca/cri/fr/cdoc/fiche_institution.asp?id=233) et avoir assuré, de 2008 à août 2009, la tenue et le suivi des travaux du groupe de recherche Poexil (www.poexil.umontreal.ca). Elle appartient au comité de coordination du Centre de recherche interuniversitaire en analyse sociocritique des textes (CRIST) à l’Université de Montréal.
 

Résumé

Ce mémoire propose une lecture sociocritique des trois premiers romans de YB,
ex-chroniqueur politique dans le quotidien algérien francophone El Watan de 1996 à 1997. L’Explication (1999), Zéro mort (2001) et Allah Superstar (2003) se caractérisent par une polyphonie, c’est-à-dire une « pluralité de voix, de consciences et d’univers idéologiques » (Bakhtine), par une posture ironique commune et par un jeu incessant « d’appropriations » réalisées à partir de matériaux issus de genres et d’œuvres appartenant à un spectre de références culturelles très large.
Cette étude cherche à démontrer comment la polyphonie en tant que stratégie narrative et discursive rend singulière une écriture qui édifie progressivement, à travers ces trois récits, une figure auctoriale aux contours de plus en plus précis. La première partie dévoile une stratégie du conteur qui déploie des thématiques et procédés narratifs particuliers, un tissage interdiscursif serré et entremêlé et un rapport au réel quelquefois fort complexe. La seconde partie permet de traverser une à une les strates de significations, du stéréotype utilisé à sa fonction ; de la parole religieuse exposée de façon didactique à sa parodie et sa carnavalisation ; de la représentation de la réalité à sa déconstruction par la désaliénation qu’autorise le recours à la légende, au conte et à la farce. La dernière partie, enfin, examine l’hybridation et l’ironie qui travaillent les textes ; les socialités inhérentes aux romans et réfractant des imaginaires en partage dans les sociétés algérienne et française ; l’apparition d’un « je » auctorial, audible à travers la naissance d’une signature et sa traversée du monde la presse algérienne vers l’édition française, certains intertextes et la mention de la « société du spectacle » sont autant de brèches ouvrant sur des préoccupations éthiques et politiques de l’auteur.